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C'est arrivé il y a plusieurs mois...
Je marchais tranquillement au petit matin,
Le soleil ne s'était pas encore levé,
Seule une brise légère flottait dans mes cheveux, contre ma joue...
Les restes d'alcool d'une soirée suffisamment arrosée présents dans les veines,
Mon meilleur ami marchait à mes côtés,
Et je suivais le mouvement...
J'avais passé la nuit en boite,
A enfiler les shooters de boissons en tout genre,
A danser comme si de rien n'était,
A aborder un tas de garçons mignons.
A ressentir les lèvres de certains sur les miennes.
Pourtant quelque chose clochait ce soir là.
Etait ce le fait que je venais tout juste de fêter mes 22 ans ?
Etait ce le fait que deux mois plus tôt je venais de rompre d'un homme avec lequel j'avais vécu pendant un an et demi ?
Quoiqu'il en soit, un charmant jeune homme s'est assis au bar en ma compagnie.
Voyant mon effarante addiction du moment pour les shooters de vodka, bailey, rhum et autres,
Il commanda une tournée...
J'eu droit à un large sourire de sa part...
Un clin d'½il...
Quatre petits verres se posèrent alors devant moi comme par magie.
Instinctivement je lève mon verre à la bouche,
Il m'arrête en plein vol pour trinquer.
« Plus l'habitude de boire à deux ? »
Traduction,
« Es tu seul et voudrais tu éventuellement coucher avec moi toute la nuit ? »
Je lui réponds que j'ai une « préférence pour la solitude » en ce moment.
Il me bombarde des questions d'usage
Quel est mon métier ?
Quel est mon Age ?
D'où vient exactement cet accent si prononcé ?
Qu'est ce que je viens faire sur Lyon ?
Comment se fait il que je sois célibataire ?
Qu'est ce qui n'a pas marché ?
Qu'est ce que je recherche ?
Légèrement irrité par un questionnaire digne de la gestapo des gays,
Je me contente d'avaler un à un les shooters,
Seule réponse valable à un tel méandre social.
L'inconnu ne lache pourtant pas le morceau et même pire,
Revient à la charge.
Alors que j'avale la gorgée de mon dernier verre,
Je pointe mon index face à son visage pour le faire taire.
Le rhum irradie ma gorge...
Je regarde le fond du petit verre,
Et pose une question.
« Pourquoi tout ça ? Hormis le fait que tu veuilles coucher avec moi ?»
En finissant cette phrase je savais que le lendemain en y repensant je me maudirais fort probablement.
Il me fait signe qu'il ne comprend pas.
« Je m'explique. Pourquoi toutes ces questions ? Pourquoi vouloir faire semblant d'apprendre à me connaître, de pleurer sur mes petites peines... Bientôt tu vas m'offrir ton épaule... puis tu me demanderas si c'est chez toi ou chez moi ?»
Silence.
« Et si jamais j'étais un mec réglo et que je puisse te rendre heureux ? »
me répond il
Silence de ma part.
« Alors c'est moi qui te repousserait, c'est moi qui te ferait du mal. Parce que c'est comme ça que les choses marchent peu importe combien de temps les gens restent ensemble... Merci pour les verres.»
Je me suis levé, ai passé une main sur sa joue, rejoint Matt, et suis parti.
J'ai repensé à cette discussion tout le trajet du retour,
Et cette brise... qui a son tour me caressait le visage...
Alors que Maria Taylor chantait « Clean getaway » dans mon oreille gauche,
Matt me parlait à l'oreille droite de son nouveau copain,
De combien les débuts de relation étaient bizarres,
A jamais savoir ou ça nous mène.
Et j'ai commencé à lui faire part de mon point de vue.
Pourquoi les choses doivent elles forcement mener quelque part ?
Pourquoi est ce que l'on admet pas enfin que le schéma principal d'une relation réside en la rencontre de l'autre, l'addiction, la dépendance, puis la douleur, la tromperie, et la séparation qui suit la majeure partie du temps ?
Pourquoi chez nous les gay la fidélité est elle un terme si peu marqué ?
Est-ce de même chez les hétéros mais caché sous l'hypocrisie du mariage et de l'engagement ?
Est-ce que finalement l'amour, comme je l'entends naïvement, existe vraiment ?
Est-ce que je n'idéalise pas trop ?
Est-ce que l'on n'idéalise pas tous ?
Est-ce que le fait justement d'idéaliser, me pousse à détruire toutes mes relations ?
Est-ce juste de faire du mal à l'autre ?
Pourquoi vouloir souffrir ?
Pourquoi avoir cette foutue pulsion sadomasochiste ?
Pourquoi s'évertuer à se briser le c½ur ?
Pourquoi ça fait si mal ?
A quoi bon ?
A quoi bon ?
A quoi bon ?
A quoi bon ?
A quoi bon ?
Subitement, alors que la chanson en mode repeat se mit à monter en puissance et l'alcool aidant,
Je me suis senti si triste...
Si vide à l'intérieur ...
L'impression de n'être rien de plus qu'une simple coquille vide...
Les paroles me firent penser à ce garçon au bar
"I met someone at the bar.
He had a great smile and a great heart.
He felt just like love."
Je revoyais son visage , stupéfait par mon discours.
Comme si penser ça était une franchise inacceptable.
Mes larmes se mirent alors à couler,
Je m'exclamais « oh non ... » en essayant par fierté de m'essuyer les yeux et de garder une contenance... en vain...
Matt se stoppa net, me regarda, il su lire en moi comme il l'a toujours fait...il s'est approché...et me pris enfin de toutes ses forces dans ses bras...
Je suis devenu si vulnérable... je crus mourir... mais je savais que j'étais entre de bonnes mains... alors je me suis laissé aller... nous nous sommes doucement assis sur le trottoir... moi contre lui... sa main dans la mienne... ma tête contre son épaule... Avec un seul mot à la bouche... « Pourquoi ? »... Et une seule réponse dans la sienne... « Je ne sais pas... »
C'est à ce moment précis que j'ai réalisé que non seulement Matthieu était probablement le seul homme incapable de me faire du mal...
Mais également ... que je venais tout juste de perdre (définitivement ?) foi en l'amour...
ou tout du moins... en sa pérénité...
Et Maria Taylor chantait toujours.
Elle chantait toujours cette incroyable chanson.
Devenue alors l'hymne de cette nuit,
L'hymne de ce douloureux moment de révélation...
Inoubliable...
I finally made it.
I made a clean getaway.
I finally made it.
I made a clean getaway.
And I miss you,
I miss you every single day.
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