L'air sentait bon, l'atmosphère était enfin respirable. Mes yeux sont encore endoloris et lourds. Je m'étends dans notre lit. La couette blanche est lisse et douce.
Je baille puis m'étire de tout mon long, le visage encore lové dans mon énorme coussin. Il fait doux, il fait bon. Tous mes sens se réveillent alors, mes yeux peuvent enfin voir l'immense chambre dans laquelle je me trouve, des murs aux couleurs chaudes, des placards muraux coulissants, une table de chevet, une glace, des bougies, quelques photos des proches, un réveil qui affiche qu'il est encore trop tôt pour ma pauvre conscience.
Puis c'est au tour de mon odorat, je respire une odeur mêlée d'embrun, de fruité, de sauvage... C'est le second coussin qui gît à mes côtés, je passe la main délicatement dessus, puis... souris.
Mes oreilles écoutent le doux bruit de l'eau qui coule depuis la douche, je peux entendre ses mains shampooiner ses cheveux avec ardeur... Puis le bruit de sa brosse à dent résonnant dans son palais... La pression exercée sur le bouton du parfum. A deux reprise. Je l'entends siffloter par l'entrebâillement de la porte qui se trouve au fond de notre chambre, celle de notre salle de bain conjugale. Ses pas sur le sol, la vapeur qui entoure tout son corps, une serviette sur sa taille, il s'assoit à mes côtés, la lumière de la salle de bain me fait pousser un léger grognement qui lui décroche un sourire colgate, le sadique... Comme pour se faire pardonner il passe délicatement ses doigts dans mes cheveux, sait il que je suis déjà au nirvana ?
Il s'approche discrètement de mon oreille et sa voix suave et virile me susurre un : « il est temps de se lever amour » auquel je ne répondrais que par un « chut » en apposant délicatement mon index gauche sur ses belles lèvres. Je remarque alors ce qui trône sur mon annulaire. Un anneau lisse en argent. Sa main gauche saisit mon poignet et je peux constater que le même magnifique et simple anneau est également logé sur son annulaire. Il m'attire vers lui, je sens son souffle chaud sur mon cou, mes mains glissent le long de ses bras musclés, et cette voix ... « J'ai épousé une véritable marmotte ». Je grimace. Il a tellement raison cependant. Dans une étreinte il appose un long et langoureux baiser. Je me sens frémir, je me sens faible, mes muscles se détendent tous, je suis en paix, je m'abandonne complètement à lui... Je suis « sien »...
Il m'ordonne d'aller à la douche, je lui réplique que je suis d'accord à la seule et unique condition qu'il m'accompagne. Ses bras se referment sur moi et je l'attire sous la douche. L'eau chaude est un renouveau, elle coule sur nous deux, sur ses beaux cheveux bruns, les yeux bleu a demi ouverts... craquant à souhait ce mari... Je me love contre lui, ses gestes sont puissants mais précautionneux, je l'embrasse d'une manière plus que fougueuse.
La douche devient alors un cocon de douceur, de parfum de gel douche, de vapeur, de chaud. On ne fait plus qu'un.
La plus belle douche d'une vie.
Il se retire, attrape sa serviette et file vers les placards où il sort un pantalon noir et sa chemise blanche. Paresseux je reste sous le jet d'eau encore un peu, même si ce n'est plus pareil sans le goût de ses lèvres. Je tourne le robinet et attrape à mon tour une serviette. Face à la glace je me rase puis me coiffe. En rentrant dans la chambre mon apollon est fin prêt. Je m'habille, c'est alors que j'entends le son d'une voix cristalline, quelque petit pas dans le couloir. Je regarde ma moitié, interrogateur. Lui, amusé, me décoche un sourire et un clin d'oeil qui me fendent le c½ur. « Il semblerait que les monstres soient debout. ». Puis s'éclipse. Je ne fais pas attention à sa remarque, encore trop absorbé par mon réveil qui fut juste magique. J'enfile un boxer, puis un jean.
Alors que je cherche un t-shirt à me mettre, je sens une légère pression s'exercer sur le pan gauche de mon jean. Je me retourne et une adorable bouille se présente à moi. Celle d'une fille de 6 ans en pyjama, de longs cheveux bruns semblable a ceux de mon époux, encore tout en bataille suite au réveil. « Dis tu feras des pancakes aujourd'hui ? On est dimanche ! ». Interloqué je reste la bouche ouverte quelques secondes. La voix suave retentit alors...
« Solène, laisse ton père un peu tranquille il n'a même pas eu le temps de finir de s'habiller. ».
Son père ? Elle s'excuse mais me demande de m'agenouiller pour me dire un secret. Je m'exécute, elle me souffle à l'oreille. « T'en feras quand même hein ? ». J'acquiesce par un hochement de tête, elle file à toute allure dans le couloir. Je me relève stupéfait, j'ai du mal à saisir. Mon mari se tient face à moi, en costume cravate, ce qu'il porte dans ses bras me fait étouffer un petit cri... un minuscule bébé.
« Ne me regarde pas comme ça, elle tient de toi à coup sur ! Et Alexis c'est pas mieux il vient de régurgiter le biberon sur ma chemise... encore ».
Il me tend le poupon qui gigote et gazouille de bon c½ur, pendant qu'il efface les dégâts causés sur le tissu de sa chemise. Une seule question absolument ridicule me vient alors à l'esprit.
« Chéri... ». Il grogne, et lève la tête vers moi « hmm oui ? ».
« Depuis quand je sais faire des pancakes moi ? » Il éclate de rire. « En tout cas si tu es doué en cuisine tu ne t'améliore toujours pas au niveau de la vaisselle ! ». Je me sens enfin soulagé... plus aucun doutes, on parle bien de moi là. Le poupon s'agite alors dans mes bras comme pour me rappeler qu'il existe. Il me fixe de ses petits yeux... bleu à nouveau.
Je le porte comme un ballon de rugby. Maladroit à souhait. Il tend une minuscule main dans ma direction, le geste me fait sourire, sourire qu'il me renvoi à la minute ou je lui offre mon index en guise de poigne « virile ». Mon homme prend la mouche. « Bien sur j'ai droit au vomi et toi au grand jeu de la séduction. ». Il se rapproche de nous, dépose un léger baiser sur le front d'Alex. « Allez mes hommes on va rejoindre la miss dans la cuisine avant qu'elle ne nous réclame a corps et a cri son petit déjeuner. ».
Je le suis, nous descendons un long escalier en bois blanc avant d'arriver dans un salon très lounge, un grand canapé confortable trône en plein milieu, face à un écran plat. Je ne sais pas comment on a pu se payer ça mais probablement pas avec ma paye d'infirmier... La petite Solène se trouve quelques mètres plus loin, dans le coin cuisine, assise sagement sur une chaise en rotin, les pieds se balançant dans l'air. Elle me gratifie d'un beau sourire. Les pancakes semblent déjà être faits. Je ne me demande pas comment, juste un soulagement apparaît dans mon esprit. Ouf, déjà ça en moins à faire... Je m'assois et contemple tout le monde entrain de manger.
La petite Solène se met du miel plein la figure et semble aimer ça. Oui... elle tient définitivement de moi. Sur ma droite, l'homme que j'aime (re)donne le biberon à Alexis, ce dernier faisant les gros yeux au plafond comme s'il avait vu quelque chose d'intéressant, mis a part la poutre en bois. Ma main passe dans la nuque de mon mari, il tourne la tête dans ma direction. Le soleil traversa la baie vitrée, lui et moi nous sommes contemplés mutuellement, fixant ce sans quoi nous étions incapable de vivre... L'autre.
Ma fille ayant fini son assiette, se lève, la pose dans l'évier et ouvre le robinet. Moi je n'avais même pas ce réflexe étant étudiant... elle me semble si grande. Soudain, au-delà du bruit du flot continu du robinet, mes oreilles perçoivent un bruit qui m'est familier... Je me lève légèrement depuis ma chaise pour pouvoir observer à travers la baie vitrée. Ce que je crois voir me décroche un sourire.
Je me lève, passe derrière l'homme de mes rêves en laissant brièvement glisser une main le long de son échine. C'est comme si à chaque fois que je devais m'éloigner de lui de quelques mètres j'étais obligé d'établir tout de même un contact. J'embrasse la tête de Solène avec ardeur, ses cheveux sentent bon, un parfum fleuri en tout cas. Je me dirige vers une petite porte vitrée que j'ouvre. Je me retrouve dehors, sur cette belle terrasse en bois, et face à elle... la plage... puis l'océan... Qu'il m'est familier ce bruit si délicat des vagues qui meurent sur le sable... Je descends les quelques marches en bois... Dans un cri joyeux Solène me rejoint et se met à courir sur la plage, sous un beau soleil et un ciel bleu... Je m'avance légèrement... Ce que je vis est intense... Mes yeux se plongent dans l'océan azur...
Je sens une étreinte derrière moi... « Lui »... Je libère le bras droit de mon époux du bel Alexis, afin qu'il puisse nous entourer de tous ses bras. Je sens ses baisers à la fois doux et sauvages se répandre sur mon cou... pendant que les mains du nourrisson s'agrippent de toute leur force aux miennes...
Je ne comprends pas ce que je fais là... J'ai l'impression de rencontrer ces gens pour la toute première fois, mais je sais une chose, Je les aime... D'un amour profond, indicible et inaliénable... Ils sont une partie de moi. Je ne sais pas comment l'expliquer, cela se ressentait juste. Comme si ces trois personnes étaient les incarnations de tout l'amour que je peux être capable de donner mais aussi de recevoir. J'ai aussitôt une petite boule de chaleur au fond du ventre, un bien être total... C'est donc ça être heureux ?
... comblé ?
Mes lèvres s'entre ouvrent, dessinent une expression de bonheur...Un sourire... Je regarde vers l'horizon... confiant...
Un rire, le plus beau qui puisse exister, retenti... celui d'un enfant... Un rayon de soleil... Puis...
Puis...
Puis...
Puis...
J'ouvre les yeux pour de vrai.
Et l'air est lourd, ma gorge sèche, Je reviens à la (dure) réalité.
Celle où l'amour est sale, parfois bafoué, tantôt trahi. Où les « fondements » du couple homosexuel semblent perdus entre ici et ailleurs. Où avoir la chance de pouvoir faire grandir un enfant, de l'élever dans le droit chemin nous est simplement interdit...
Une réalité que je connais, une réalité que bon nombre veulent oublier. Mais elle est là. Une vérité qui me fait dire que l'on est mieux seul... Que l'on est toujours seul...
Et pourtant... J'ai ressenti pendant cette nuit un espoir...
