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Au bar, le bruit des verres qui trinquent se fait entendre,
Je porte le mien à la bouche,
L'alcool irradie et coule le long de mon gosier,
Jusqu'à plus soif.
Le pub irlandais dans lequel on se trouve est bondé,
Normal, dans la mesure ou l'on fête « St Patrick's Day »,
Je suis donc entouré par des accents Anglophones, des rires, des cris, des b½ufs, de la bière et de la musique celte...
Je regarde le fond de ma pinte,
En rêvant d'une autre,
En repensant à tout ce qui m'arrive en ce moment,
Non pas que je ne l'ai pas cherché,
Mais tout de même je cogite.
Je suis de toute évidence dans une grande période de remise en question,
Où les doutes et les pensées voguent sans cesse dans tous les sens possibles et imaginables.
Et c'est épuisant de froncer les sourcils sans arrêt...
Une main vient tapoter amicalement mon omoplate,
« Allez, reviens parmi nous ! Tu sais ? Le monde des gens vivants »
Je lève le regard, c'est Marc, mon collègue de boulot avec lequel je suis venu pour décompresser.
Je porte la chope de bière à mes lèvres, avale quelques gorgées et m'excuse pour mes absences mentales répétées. Il rentre directement dans le vif du sujet en me demandant ce qui ne va pas. Alors je lui explique, qu'en ce moment, je suis à un tournant important de ma vie, que j'ai fait des choix, je veux apprendre à vivre avec, que ces derniers temps c'est difficile parce que je suis obligé de supporter 24/24 h la personne qui m'énerve le plus, c'est-à-dire moi même. J'aimerais apprendre à faire la paix avec Flo.
Je me rends compte que mon discours frise le mélo au possible. Alors je décide de me taire, mais même comme ça je m'énerve. Mon collègue habituellement farceur me scrute de tout son sérieux. Une autre chaloupée de bière dans ma bouche.
« Flo. Je peux te poser une question ? »
Je réponds de mon meilleur accent américain,
« Yes Sir ! »
« Qu'est ce qui te ferait plaisir ? Là ? Maintenant ? Tout de suite ? Qu'est ce qui t'aiderait à aller mieux ? A vivre un peu plus ? »
Interloqué, je réfléchis un peu, de quoi ai-je besoin maintenant ? Avant de répondre.
« J'ai envie de calme, j'ai envie de me poser sur une plage, face à l'océan, j'ai envie de retourner à Hendaye et St jean de luz, Juste sentir le sable glisser dans mes doigts, fermer les yeux, écouter le bruit des vagues, sentir le soleil sur ma peau... J'ai envie d'un ailleurs. Loin de tout je crois. »
Ni une, ni deux mon comparse se lève de sa chaise. Quelle mouche le pique ? Je le regarde récupérer ses clefs de voiture posées entre nos verres, enfiler sa veste, remonter la fermeture éclair. Il commence à se diriger vers la sortie. Se retourne.
« Suis moi »
« Qu'est ce tu fous Marc ? »
« On va à l'océan. » Me glisse t il avant de passer le pas de la porte.
Je reste 5 secondes la bouche ouverte. Dans une stupéfaction totale. Ai-je bien entendu ces paroles ? Je me dépêche de finir mon verre en vitesse, me lève et attrape à la volée ma veste et ma besace, me rhabillant à la hâte en sortant du pub.
Sa belle Citroën grise est garée devant la porte, Il s'apprête à monter lorsque je lui lance.
« Non mais tu es vraiment sérieux là ? »
« Tu crois quoi ? »
« Je pensais que tu blaguais »
« Ecoute, tu dis vouloir vivre, avoir tes besoins d'ailleurs et tout le tintouin, arrête de réfléchir et agis bon sang ! Je t'offre une chance de faire tout ça. De toute façon demain tu bosses en nuit. Tu seras de retour à temps sur Toulouse promis. »
Je reste sans voix. Lui se glisse au volant. Baisse la vitre côté passager, se penche.
« Bon... tu montes ? »
J'ouvre la portière, m'installe, attache ma ceinture. La voiture démarre en trombe,
Je regarde l'horloge, elle indique 2:03. Mon dieu, c'est complètement fou. Mon c½ur bat la chamade, ma respiration s'accélère, et ce n'est rien à côté du moment ou l'on prend l'autoroute direction l'océan. Je suis secoué dans chaque virages. Faut dire qu'à deux heure du mat monsieur ne roulait pas franchement à 50 sur la rocade. La musique du lecteur cd hurle à plein poumon, on chante (faux), on éclate de rire, on fait des "coucou" à nos braves amis les camionneurs, le bolide de son et de lumière file telle une comète vers l'horizon. Et c'est trois heures plus tard que le panneau Hendaye s'affiche. La C3 longe la corniche que je connais désormais par c½ur. L'aube se lève sur un océan azur...
Marc saisi alors un Cd, l'insère.
« Cette chanson c'est pour toi. »
Les premiers accords de guitare et tempo de batterie sont reconnaissables de suite. Cette chanson a bercé toute mon adolescence. Belle coïncidence que celle ci. Gérald Depalmas enchaine alors les paroles.
« Marcher dans le sable, Se sentir coupable, Dans les herbes hautes, C'est sur tout est de ma faute.
Savoir dire tant pis, Avoir juste envie, Rester dans son lit, Tout ça m'est interdit.
Il faut que quelqu'un m' aide, Je n' ai qu 'une seule vie, A trouver le remède,
Je n' ai qu 'une seule vie, Chaque jour cette pensée m' obsède, Je n' ai qu 'une seule vie... »
La voiture entame une descente jusqu'à la plage. La voix de mon chanteur préféré continue sa course. J'ouvre la portière et automatiquement, une forte odeur d'iode vient enchanter mes narines, une brise légère caresse mes joues, le cri des mouettes se fait entendre, je marche en direction de cette véritable scène de cinéma.
Je vois le phare et les bateaux de pêcheurs au loin, une partie de l'Espagne, les énormes habituelles falaises, Un ciel rosé, sans nuages, et soudain... Une coupole orangée et brulante se découpe dans l'horizon.
« Juste à temps pour le levé du soleil » s'exclame Marc.
Les premiers rayons de lumière m'atteignent, me réchauffent. Le ciel devient bleu. Les paroles de Depalmas me reviennent alors.
Marcher dans le sable...
J'ôte délicatement mes chaussures, me débarrasse de mes chaussettes, mes pieds nus foulent le sable... Cette sensation me procure un frisson. Je fais quelques pas jusqu'aux vagues... M'assoit, chaque main prend une poignée de sable chaud...Celui ci s'écoule entre mes doigts... Mes mains deviennent alors de véritables sabliers... Les mots sortent de ma bouche en chantonnant.
« Je n'ai qu'une seule vie »
Marc me fait un clin d'½il malicieux. Il m'explique alors qu'il sait pertinemment que je ne vais pas super bien depuis quelques temps, entre ma rupture et d'autres mauvaises nouvelles, mais que ce besoin de vouloir profiter de la vie est nécessaire, qu'il faut que j'accomplisse un maximum de choses, que ce soit sur un coup de tête ou non mais quoiqu'il en soit... Vivre !
Je regarde à nouveau l'horizon... Confiant... Vivre ma vie... Un grand sourire se dessine... Tout ira bien...
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Le reste de la journée sera ponctuée de siestes sur la plage, de coups de soleils, visite de la réserve naturelle d'abadie, un repas très agréables dans un restaurant au port de saint jean de luz, bon nombre de fous rires... Je ne pourrais jamais me lasser de tout ça...
Le soir, je dis Adieu, ou plutôt, A bientôt à ce petit paradis, avant de rentrer sur Toulouse. Marc me dépose juste à temps devant l'hôpital pour attaquer ma nuit de boulot (20h40 / 6h30). Je rentre dans les vestiaires. Commence à me déshabiller. Une longue traînée de sable tombe de ma chaussure. Je suis pris d'un petit rire joyeux... Oui... tout ira bien mieux désormais...